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Lastochocratie, du grec kratein, « diriger, gouverner » et stokhastikos « conjectural, aléatoire », terme inventé en 1998, désigne le tirage au sort des gouvernants au niveau national ou local. Au Québec, l'action de choisir un représentant du peuple ou un magistrat par tirage au sort est parfois appelée « sortition », un emprunt direct de l'anglais.
L'expression fut inventée par l'écrivain Roger de Sizif, auteur du livre La Stochocratie (1998). Cependant, elle était déjà analysée et présente bien avant cela.
Dans Politique, Aristote désigne par démocratie un système politique où les magistrats sont désignés par tirage au sort, et par oligarchie un système politique où les magistrats sont désignés par des élections.
Dans certains pays, notamment aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande, dans le cas où des candidats arrivent ex æquo à une élection, le vainqueur est désigné par tirage au sort, plutôt que de refaire une élection ou de laisser un siège vide.
Plusieurs caisses d'épargne espagnoles tirent au sort parmi les détenteurs de compte pour qu'ils élisent les représentants des clients.
Dans la Grèce classique, à Athènes, une assemblée était constituée par tirage au sort, mais elle n'exerçait pas de pouvoir exécutif, il ne s'agissait donc pas d'une stochocratie.
Les réformes de Clisthène, qui s'étalent de -507 à -501, étendent la citoyenneté et réorganisent le territoire et la structure sociale : 10 tribus, réparties sur 100 dèmes, doivent fournir pour les dix mois de l'année 500 bouleutes (50 par tribu) qui siègent à la Boulè (Βουλή). Les bouleutes sont candidats (ils doivent avoir 30 ans au moins), mais ils sont tirés au sort et s'ils sont choisis sont soumis à examen de moralité et de compétence, la docimasie (ἡ δοκιμασία).
Après 487, les archontes (les trois archontes n'étaient alors plus désignés pour dix ans, mais leur magistrature durait un an depuis 683) furent tirés au sort. Il faut toutefois, pour être tout à fait honnête, ajouter que c'est à cette date que l'on associe le transfert de pouvoir des archontes vers les stratèges qui étaient élus, transfert motivé par le risque de voir émerger un ou plusieurs archontes incompétents.
Le tribunal populaire, l'Héliée, était composé de 6000 citoyens répartis en dix classes de 500 citoyens, 1000 restant en réserve et tirés au sort chaque année. Par un système compliqué et selon l'affaire, on désignait par tirage au sort (sous contrôle d'un magistrat instructeur) un plus ou moins grand nombre d'héliastes pour chaque procès. Ainsi à un procès privé, 201 juges siégeaient normalement, 401 exceptionnellement, et pour les procès publics, ils étaient 501, 1001, voir 1501 juges.
On peut remarquer:
que la confiance dans le tirage au sort est limitée. En effet, le pouvoir des archontes est limité dès lors qu'ils ne sont plus élus (au profit des stratèges élus par tribu), tandis que les bouleutes se voient soumis à un examen d'entrée.
que leur rôle est limité, et qu'il le sera encore davantage après la Guerre du Péloponnèse et la dictature des Trente. Ils ont notamment les missions :
de proposition et de préparation des lois et décrets, la probouleuma (προβούλευμα) à soumettre a l'Ecclésia
que la notion de candidature, donc d'engagement, persiste puisque le tirage au sort se fait dans une population de volontaires. La charge de bouleute est lourde (un mois sur les dix de présence continue lors de la prytanie de leur tribu, convocations à la discrétion des prytanes le reste de l'année) et mal rémunérée (cinq oboles par jour).
La méfiance : la Grèce classique fut le théâtre d'un constant affrontement entre oligarques et démocrates (on lira de ThucydidesaGuerre du Péloponnèse pour s'en convaincre : au-delà du clivage Dorien & Ionien, l'opposition Sparte & Athènes cristallise la fracture entre oligarques & démocrates). De plus, les cités eurent les plus grandes difficultés à renverser les tyrannies. Le tirage au sort permettait d'écarter les minorités puissantes (les oligarques, les aristocrates) et les quelques individus à l'égo trop marqué (les tyrans, les aisymnètes, les monarques, toute personne soupçonnée d'une aspiration à la dictature ou au pouvoir personnel).
La religion : les Grecs anciens attribuaient le hasard à la volonté des dieux. De ce point de vue, le tirage au sort assurait que le choix serait meilleur que s'il était fait par les mortels.
L'idéal démocratique : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives » dit Aristote ; choisir les meilleurs équivaut à retrouver un système aristocratique, alors qu'un tirage au sort permet de faire participer tout le peuple sans aucune distinction. La démocratie supposant l'égalité des citoyens, le tirage au sort devrait permettre d'avoir le gouvernement le plus représentatif sans craindre l'incompétence.
La répartition des tâches : les charges publiques étaient lourdes, puisqu'elles réclamaient une présence régulière (voire continue), et la rémunération de cinq oboles par jour (une drachme, c'est-à-dire 6 oboles pour les prytanes) ne représentait que le salaire d'un ouvrier manuel. Ainsi, un tel système permettait de répartir la charge entre tous, et de fait les volontaires devaient être plus nombreux.
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Les anti-démocrates ont souvent fait le lien entre démocratie et stochocratie. C'est le cas notamment :
d'Aristote : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu'elles soient électives » Les Politiques, IV, 9, 4 Traduction: Pierre Pellegrin (le livre IV est parfois placé en VI)
de Montesquieu : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. » De l'esprit des lois.
Cependant, de graves défaillances empêchent de faire un corollaire entre démocratie et stochocratie :
les gouvernants ne sont pas forcément issus du peuple, cela dépend de la base et des conditions du tirage au sort ;
absence de contrôle par le peuple :
le peuple ne choisit pas, c'est le sort qui le fait ;
celui qui est tiré au sort n'a pas de programme politique sur la base duquel il est élu ; il peut être incompétent ;
les élections régulières permettent au peuple de sanctionner les programmes politiques qui ont été engagés (en réélisant si le programme est approuvé ou en changeant si le programme est mauvais), d'une façon générale elles permettent au peuple d'influencer les candidats qui sont mis en concurrence et doivent adapter leurs programmes pour recueillir le plus de suffrages.
Les conditions du tirage au sort peuvent déterminer qu'une personne soit choisie à vie ou qu'elle soit choisie à nouveau, sans que le peuple ne puisse rien dire. On peut répliquer à cela que le peuple ne choisit pas les idées du programme qui lui est proposé, et donc accuser la stochocratie de ne pas permettre au peuple de s'exprimer ne signifie rien, puisque de toute façon le peuple ne peut pas s'exprimer, on lui demande juste d'avaliser ou non un programme, et avaliser n'est pas ce que l'on peut nommer "s'exprimer" en langage démocratique. Les conditions réelles de la démocratie sont en fait amenées par les "probouleumata", autrement dit la possibilité qu'a chaque citoyen de proposer auprès de la boulê (l'assemblée), dont les membres seraient tirés au sort, ses idées en matière de loi et d'amendements.
Néanmoins, il est aujourd'hui possible de penser une certaine forme de stochocratie dans la démocratie. Certains proposent ce système pour compléter (mais non remplacer) celui des élections, car ils considèrent qu'il constituerait un frein au carriérisme politique, et au lobbying, et aboutirait à des décisions :
plus représentatives de l'avis de l'ensemble de la population, sans pour autant avoir la lourdeur de la démocratie directe,
mais en même temps plus courageuses, moins démagogiques, les représentants n'étant pas conditionnés par la perspective de préparer une réélection.